La valeur probante de l'horodatage blockchain dans les tribunaux européens
Par BlockchainSignPublié le

Les tribunaux européens sont passés du statut de curiosité à celui de preuve pour les registres blockchain. Ce changement est récent, inégal et considérablement plus limité que ne le suggère le marketing de cette industrie.
Voici ce qui s'est réellement produit.
La France : l'arrêt de Marseille
Le 20 mars 2025, le Tribunal Judiciaire de Marseille a tranché un litige de contrefaçon opposant AZ Factory à une entreprise chinoise concernant des pyjamas inspirés des croquis du designer Alber Elbaz.
AZ Factory a produit un certificat d'ancrage blockchain contenant l'empreinte numérique SHA-256 de ses fichiers de création, ancrée sur une blockchain publique en mai et septembre 2021 — bien avant l'apparition de la collection litigieuse. Le tribunal a accepté cet horodatage comme établissant l'antériorité et l'a considéré comme contribuant à établir la propriété du droit d'auteur.
Les commentateurs y ont vu la première reconnaissance claire par la France de l'horodatage blockchain dans une action civile pour contrefaçon.
Deux détails méritent d'être extraits, car ils constituent la partie transférable :
- Les horodatages précédaient le litige de plusieurs années. Les registres créés après le début d'un conflit prouvent beaucoup moins et peuvent inviter à penser qu'ils ont été réalisés spécifiquement pour le procès.
- Le registre était reproductible. Une empreinte numérique ancrée dans une chaîne publique peut être vérifiée par quiconque. C'est ce qui a permis au tribunal de le traiter comme une pièce documentaire plutôt que comme une simple affirmation.
La base de l'UE : l'article 41 de eIDAS
Sous chaque décision nationale se trouve le règlement eIDAS, qui trace une ligne importante.
Un horodatage électronique qualifié émane d'un prestataire de services de confiance qualifié et audité. L'article 41(2) lui confère une présomption légale quant à l'exactitude de sa date et à l'intégrité des données. Cette présomption est ce qui le rend précieux — elle inverse la charge de la preuve.
Un horodatage blockchain n'est pas qualifié. Mais l'article 41(1) est tout aussi applicable : un horodatage électronique ne doit pas voir son effet juridique ou sa recevabilité comme preuve refusé uniquement parce qu'il est sous forme électronique ou ne répond pas aux exigences de qualification.
La position de l'UE est donc : recevable, sans présomption, poids apprécié au fond. C'est une place ordinaire pour une preuve, où se situent la plupart des documents.
L'Italie : la loi jamais arrivée
L'Italie a légiféré le plus loin tout en délivrant le moins.
L'article 8-ter de la loi 12/2019 dispose que le stockage d'un document informatisé à l'aide de technologies de registre distribué produit les effets juridiques d'un horodatage électronique au sens de eIDAS. En apparence, il s'agit d'une reconnaissance statutaire significative.
Cette disposition délègue les normes techniques à AgID, l'Agence pour l'Italie numérique, et ces normes n'ont jamais été publiées. Sans elles, l'article est largement considéré comme non appliqué, et son effet pratique est bien plus faible que ce que le texte laisse entendre.
Citez-le comme preuve d'une orientation législative. Ne vous y fiez pas comme à une règle.
Ce que cela signifie en pratique
| Juridiction | Position | Base |
|---|---|---|
| France | Accepté dans un jugement de 2025 sur le droit d'auteur | TJ Marseille, 20 mars 2025 |
| UE en général | Recevable, sans présomption | Article 41(1) de eIDAS |
| UE, horodatages qualifiés | Présomption de date et d'intégrité | Article 41(2) de eIDAS |
| Italie | Reconnaissance statutaire, non appliquée | Loi 12/2019, article 8-ter |
Le résumé honnête est qu'un horodatage blockchain est désormais une pièce documentaire normale en Europe plutôt qu'exotique. Il ne s'agit ni d'un dépôt, ni d'un droit, ni d'une preuve décisive en soi.
Pour une vue d'ensemble plus large, incluant la pratique nettement plus développée en Chine et la position selon les règles de preuve américaines, consultez un horodatage blockchain est-il valable en justice.
Comment rendre le vôtre convaincant
Les faits de Marseille suggèrent la liste de contrôle pratique suivante :
- Horodater avant qu'un litige n'éclate — idéalement dès la création.
- Horodater les versions précoces, pas seulement la version finale. Une séquence est plus persuasive qu'un fichier unique.
- Conserver les fichiers originaux octet par octet, car vous devez pouvoir reproduire l'empreinte numérique.
- Utiliser un registre vérifiable par quiconque sans votre intervention, afin que la vérification ne dépende pas de l'existence future d'un fournisseur.
Informations générales au août 2026, ne constituent pas un conseil juridique. Les résultats dépendent des faits de chaque affaire.